{"id":72198,"date":"2026-02-10T22:23:51","date_gmt":"2026-02-10T19:23:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.peyzax.com\/?p=72198"},"modified":"2026-03-18T02:46:18","modified_gmt":"2026-03-17T23:46:18","slug":"le-jeu-perdu-entre-les-blocs-de-beton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.peyzax.com\/fr\/le-jeu-perdu-entre-les-blocs-de-beton\/","title":{"rendered":"Le jeu perdu entre les blocs de b\u00e9ton"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous sommes entour\u00e9s d\u2019\u00e9normes masses de b\u00e9ton. Entre des fa\u00e7ades hautes, brillantes, lisses\u2026 M\u00eame la voix des enfants s\u2019y perd parfois sans produire d\u2019\u00e9cho, parce qu\u2019il ne reste plus d\u2019espace capable de porter cet \u00e9cho. Il fut un temps o\u00f9 nous pensions que ce que nous appelions la \u00ab ville \u00bb, c\u2019\u00e9tait la rue, et que ce que nous appelions la rue, c\u2019\u00e9tait la vie elle-m\u00eame. Aujourd\u2019hui, la ville ressemble plut\u00f4t \u00e0 un couloir que l\u2019on traverse seulement ; un sch\u00e9ma de circulation reli\u00e9 \u00e0 des parkings ferm\u00e9s, des ascenseurs, des portails de s\u00e9curit\u00e9. O\u00f9 sont les enfants dans ce sch\u00e9ma ? \u00c0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la carte, sur le bord, dans un coin \u201cjug\u00e9 appropri\u00e9\u201d\u2026 Et bien s\u00fbr aussi sur les panneaux : \u00ab aire de jeux pour enfants \u00bb. Comme nous le disons facilement. Parc. Jeu. Enfant. Trois mots qui suffisent \u00e0 apaiser notre conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous reste tr\u00e8s peu de verdure. Et s\u2019il en reste, elle subsiste \u00e0 peine dans le coin de notre regard. S\u2019il en reste, elle survit dans un pot devant une fen\u00eatre. Parfois, elle se limite au maquillage d\u2019un am\u00e9nagement paysager de r\u00e9sidence : deux bandes de gazon, trois arbustes nains, au milieu un olivier pos\u00e9 l\u00e0 avec dignit\u00e9\u2026 Un ordre qui para\u00eet \u201csoign\u00e9\u201d, mais qui donne presque une sensation de plastique quand on le touche. Le fait pour les enfants de toucher la terre, de conna\u00eetre la boue, de plier une branche sans la casser, de sentir le poids des pierres dans leurs mains, de se tenir au bord d\u2019un trou en disant \u00ab si l\u2019eau s\u2019y accumulait, cela ferait un lac \u00bb\u2026 tout cela est devenu un luxe urbain. Ce que j\u2019appelle luxe, au fond, c\u2019est l\u2019\u00e9tat le plus \u00e9l\u00e9mentaire de l\u2019\u00eatre humain : <strong>toucher, d\u00e9couvrir, essayer, tomber, se relever<\/strong>. Pour l\u2019enfant, le jeu est exactement cela. Mais nous, nous avons st\u00e9rilis\u00e9 le jeu. Nous l\u2019avons emball\u00e9. Nous l\u2019avons livr\u00e9 comme un produit muni d\u2019un certificat de garantie (voir Image 1).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1300\" height=\"732\" src=\"https:\/\/www.peyzax.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20240323_123448-3-scaled.jpg\" alt=\"23 mars 2024 - Aire de jeux pour enfants en hiver \/ Parc Muhsin Yaz\u0131c\u0131o\u011flu - Erzurum\" class=\"wp-image-71620\" title=\"\"><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Image 1.<\/strong> Aire de jeux pour enfants en hiver &#8211; Parc Muhsin Yaz\u0131c\u0131o\u011flu \/ Erzurum (23 mars 2024)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le pire, c\u2019est ceci : \u00e0 mesure que nous avons r\u00e9duit les espaces verts, nous avons aussi r\u00e9tr\u00e9ci le jeu. Les villes ont grandi, l\u2019enfance s\u2019est rapetiss\u00e9e. Je pourrais dire cette phrase comme si un po\u00e8te l\u2019avait \u00e9crite, mais il ne s\u2019agit pas de po\u00e9sie ; il s\u2019agit d\u2019un choix que nous r\u00e9p\u00e9tons chaque jour. D\u2019immenses projets, d\u2019immenses routes, d\u2019immenses carrefours. Des projets d\u00e9mesur\u00e9s, comme si nous \u00e9tions devenus les fous du capitalisme\u2026 L\u2019espace r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant, lui, n\u2019est souvent qu\u2019un \u201creste urbain\u201d. On trouve un vide dans les plans ; on y place deux balan\u00e7oires, un toboggan, un sol color\u00e9\u2026 Puis on dit : \u00ab nous l\u2019avons fait pour les enfants \u00bb. Et on le vend comme un projet de prestige. Le droit de l\u2019enfant ne vaudrait-il que ce qu\u2019il reste de nos conforts ? Tandis que les m\u00e8tres carr\u00e9s les plus pr\u00e9cieux de la ville sont r\u00e9serv\u00e9s aux voitures, aux panneaux publicitaires, aux vitrines, l\u2019espace laiss\u00e9 aux enfants est bien souvent un lieu sans ombre, sans protection contre le vent, glac\u00e9 en hiver, br\u00fblant en \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La cr\u00e9ativit\u00e9 a besoin d\u2019incertitude<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019existence d\u2019un parc ne signifie pas que tout a \u00e9t\u00e9 bien fait. Quand le nombre augmente, la justice n\u2019augmente pas forc\u00e9ment. Parfois m\u00eame, plus le nombre augmente, plus le contenu s\u2019uniformise. Le m\u00eame module de jeu, la m\u00eame couleur, le m\u00eame plastique\u2026 On croirait presque que les enfants de cet ordre-l\u00e0 devraient eux aussi sortir d\u2019une usine\u2026 Des enfants copi\u00e9s les uns sur les autres\u2026 Comme si chaque quartier vivait la m\u00eame enfance. Or le jeu, c\u2019est justement la mani\u00e8re dont l\u2019enfant reconstruit le monde avec sa propre langue. Il transforme un b\u00e2ton en \u00e9p\u00e9e, prend des pierres pour de la \u201cmonnaie\u201d, d\u00e9clare qu\u2019une pente est une \u201cmontagne\u201d, nomme un fourr\u00e9 \u201cfor\u00eat\u201d. La cr\u00e9ativit\u00e9 a besoin d\u2019un peu d\u2019incertitude. D\u2019un peu de vide. D\u2019une souplesse qui lui permette de construire son propre sc\u00e9nario. Mais quand nous fabriquons des \u201caires de jeux\u201d pour les enfants, nous leur imposons souvent aussi un \u201csc\u00e9nario de jeu\u201d. Glisse ici, balance-toi l\u00e0, tourne ici, descends l\u00e0\u2026 Et c\u2019est fini. Le jeu s\u2019arr\u00eate. L\u2019enfant, lui, ne s\u2019arr\u00eate pas, mais le jeu, oui.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait parler de cela comme d\u2019une question de \u201cdesign\u201d. Oui, c\u2019est une question de design. Mais la vraie question touche \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 se tiennent notre c\u0153ur et notre esprit dans la ville. Pour qui construisons-nous la ville ? Pour la voiture, ou pour l\u2019humain ? Et quand nous disons l\u2019humain, parlons-nous aussi de l\u2019enfant, cette forme la plus fragile de l\u2019\u00eatre humain ? Comment l\u2019enfant participe-t-il \u00e0 la ville ? Comment lit-il la ville ? Une ville pens\u00e9e \u00e0 hauteur d\u2019adulte se transforme, dans le monde de l\u2019enfant, en une \u00e9tranget\u00e9 gigantesque. <strong><mark style=\"background-color:#fcb900\" class=\"has-inline-color\">Le trottoir para\u00eet trop haut, la vitesse fait peur, le bruit \u00e9crase, la foule oppresse.<\/mark><\/strong> L\u2019enfant devient un invit\u00e9 dans la ville. Or l\u2019invit\u00e9 n\u2019est jamais l\u00e0 pour toujours. \u00c0 partir d\u2019un moment, le sentiment de \u201cchez soi\u201d dispara\u00eet. Et alors, la rue cesse d\u2019\u00eatre la rue de l\u2019enfant ; elle devient seulement une ligne que l\u2019on traverse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-border-color has-pale-cyan-blue-border-color\" style=\"border-width:6px;border-top-left-radius:0px;border-top-right-radius:0px;border-bottom-left-radius:0px;border-bottom-right-radius:0px\"><blockquote><p>Le m\u00eame module de jeu, la m\u00eame couleur, le m\u00eame plastique\u2026 On croirait presque que les enfants de cet ordre-l\u00e0 devraient eux aussi sortir d\u2019une usine\u2026 Des enfants copi\u00e9s les uns sur les autres\u2026 Comme si chaque quartier vivait la m\u00eame enfance. Or le jeu, c\u2019est justement la mani\u00e8re dont l\u2019enfant reconstruit le monde avec sa propre langue.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Nous avons perdu les rues. Et \u00e0 mesure que nous avons perdu les rues, nous avons aussi perdu le jeu. C\u2019est pour cela que nous nous sommes r\u00e9fugi\u00e9s dans les parcs pour enfants. Nous avons mis le parc \u00e0 la place de la rue. Pourtant, le parc \u00e9tait autre chose ; il prenait son sens avec la rue. Aller au parc \u00e9tait un rituel ; il se passait quelque chose en chemin. Aujourd\u2019hui, le parc n\u2019est plus une destination ; c\u2019est un rattrapage. Un endroit o\u00f9 l\u2019on emm\u00e8ne l\u2019enfant \u201cpour qu\u2019il sorte un peu\u201d. En hiver, on ne peut d\u00e9j\u00e0 pas l\u2019y emmener. Quand il pleut, on ne peut pas. Le soir, on ne peut pas non plus. Comme si l\u2019enfant, dans la ville, \u00e9tait un \u00eatre dont l\u2019existence se voyait limit\u00e9e selon les saisons. Or la saison est elle-m\u00eame un espace d\u2019apprentissage pour l\u2019enfant : le son du vent, l\u2019odeur de la fleur, la texture de la feuille, la chaleur du soleil. Nous avons aussi fait entrer les saisons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Nous avons abandonn\u00e9 la relation de l\u2019enfant avec la nature \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9crans. Puis nous nous plaignons en disant : \u00ab la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration est tr\u00e8s num\u00e9rique \u00bb. C\u2019est nous qui avons donn\u00e9 le num\u00e9rique. C\u2019est nous qui avons retir\u00e9 la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9fendre le droit de l\u2019enfant dans la ville, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9fendre un \u201cdroit au lieu\u201d. Le droit de l\u2019enfant \u00e0 appartenir \u00e0 la ville\u2026 Et cela ne s\u2019ach\u00e8ve pas avec la simple construction d\u2019un parc. Des rues s\u00fbres o\u00f9 il puisse marcher, des itin\u00e9raires o\u00f9 il puisse faire du v\u00e9lo, la possibilit\u00e9 d\u2019aller seul \u00e0 l\u2019\u00e9cole, le courage de frapper \u00e0 la porte d\u2019un ami, un petit espace de \u201clibert\u00e9 spatiale\u201d dans le quartier\u2026 Si tout cela n\u2019existe pas, le parc devient seulement une consolation. Et si le parc existe mais que son contenu est monotone et \u00e9touffe la cr\u00e9ativit\u00e9, il ne suffit toujours pas. Parce que l\u2019enfant ne fait pas qu\u2019\u00e9vacuer de l\u2019\u00e9nergie ; il produit aussi du sens. Le jeu est une mani\u00e8re de bouger autant qu\u2019une mani\u00e8re de penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand nous disons que les aires de jeux actuelles tuent la cr\u00e9ativit\u00e9, certains trouvent cela exag\u00e9r\u00e9. \u00ab Enfin, un toboggan, c\u2019est un toboggan \u00bb, disent-ils. Non, un toboggan n\u2019est pas seulement un toboggan. Un toboggan peut \u00eatre un objet ; mais le jeu n\u2019est pas l\u2019objet lui-m\u00eame. Le jeu, c\u2019est la relation cr\u00e9\u00e9e avec l\u2019objet. Si vous r\u00e9duisez cette relation \u00e0 un seul sch\u00e9ma, vous r\u00e9duisez aussi la capacit\u00e9 de l\u2019enfant \u00e0 imaginer. <strong><mark style=\"background-color:#8ed1fc\" class=\"has-inline-color has-black-color\">Dans des espaces o\u00f9 tout a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, l\u2019enfant devient un \u201cusager\u201d ; il ne peut pas \u00eatre \u201cfondateur\u201d. Et s\u2019il ne peut pas \u00eatre fondateur, il ne peut pas non plus l\u2019\u00eatre dans la ville. Il ne peut pas se l\u2019approprier. Il ne peut pas n\u00e9gocier avec elle.<\/mark><\/strong> Il ne peut pas imaginer qu\u2019un lieu puisse se transformer selon lui. Or la ville, justement, est le produit de cette n\u00e9gociation : la possibilit\u00e9 pour des besoins diff\u00e9rents, des rythmes diff\u00e9rents, des \u00e2ges diff\u00e9rents de coexister.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Peut-\u00eatre que la question la plus lourde est celle-ci : nous ne pla\u00e7ons pas l\u2019enfant au centre de la planification urbaine ; nous en faisons une pi\u00e8ce \u201c\u00e0 laquelle on pense apr\u00e8s coup\u201d. Puis nous accrochons des affiches disant \u201cville amie des enfants\u201d. Une ville amie des enfants ne se r\u00e9sume pas \u00e0 des symboles. Une ville amie des enfants se lit dans la langue des d\u00e9cisions. Dans les lignes du budget. Dans les priorit\u00e9s du plan d\u2019urbanisme. Dans la largeur d\u2019un trottoir, dans l\u2019emplacement d\u2019un passage pi\u00e9ton, dans l\u2019applicabilit\u00e9 d\u2019une limitation de vitesse. Une ville amie des enfants permet \u00e0 l\u2019enfant de faire des erreurs ; car l\u2019enfant apprend en se trompant. Nous, au contraire, pour supprimer l\u2019erreur, nous enfermons l\u2019enfant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Alors oui, l\u2019erreur dispara\u00eet ; mais l\u2019apprentissage aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous imaginons ce qui est bon. Une nature magnifique, un bel air, un environnement propre et humain\u2026 Mais nous nous contentons de l\u2019imaginer. C\u2019est peut-\u00eatre cela qui me blesse le plus. Nous n\u2019appelons pas ce que nous imaginons un \u201cdroit\u201d. Nous ne l\u2019appelons pas une \u201crevendication\u201d. Nous ne l\u2019appelons pas une \u201clutte\u201d. Comme si ce qui est bon allait nous parvenir de lui-m\u00eame. Or la ville ne va pas d\u2019elle-m\u00eame vers le mieux. La ville s\u2019incline toujours vers l\u2019endroit o\u00f9 se tient le plus fort. <strong><mark style=\"background-color:#7bdcb5\" class=\"has-inline-color\">L\u2019enfant est faible. L\u2019enfant ne vote pas. L\u2019enfant ne produit pas de rente. L\u2019enfant n\u2019augmente pas la valeur d\u2019un terrain ; pour certains, il produit m\u00eame du \u201cbruit\u201d. C\u2019est pourquoi d\u00e9fendre le droit de l\u2019enfant, c\u2019est aussi parler contre la puissance. C\u2019est d\u00e9ranger un peu. C\u2019est pouvoir dire : \u201cce n\u2019est pas parce que cela a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi que cela doit continuer ainsi\u201d.<\/mark><\/strong><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"1441\" height=\"2560\" src=\"https:\/\/www.peyzax.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_20240409_122835_168-1-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-71628\" title=\"\"><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Image 2. <\/strong>Des enfants se sociabilisant sur les marches d\u2019une aire de jeux &#8211; Erzurum (9 avril 2024)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Moi, Mehmet Emin Da\u015f, je pense que cette question n\u2019est pas seulement une discussion esth\u00e9tique. L\u2019architecture du paysage ne consiste pas seulement \u00e0 planter des arbres ; elle devrait aussi \u00eatre la repr\u00e9sentante d\u2019une justice spatiale qui organise la vie. <strong>Le droit de l\u2019enfant dans la ville devrait \u00eatre l\u2019une des questions les plus fondamentales du paysage. Car le paysage construit le commun ; et le commun est l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019enfant se relie \u00e0 l\u2019avenir. Si l\u2019enfant devient invisible dans l\u2019espace public, alors il ne grandira pas, demain, un adulte capable de d\u00e9fendre ce commun. Une soci\u00e9t\u00e9 dont l\u2019enfance a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tr\u00e9cie r\u00e9tr\u00e9cit aussi son avenir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"1300\" height=\"607\" src=\"https:\/\/www.peyzax.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20240310_132012-1-scaled.jpg\" alt=\"Une aire de jeux pour enfants \u00e0 Aziziye\" class=\"wp-image-71632\" title=\"\"><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Image 3. <\/strong>Une aire de jeux pour enfants \u00e0 Aziziye &#8211; Erzurum (10 mars 2024)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Alors, que ferons-nous ? Allons-nous encore parler seulement du nombre de parcs ? Encore seulement de leur superficie ? Bien s\u00fbr, nous devons mesurer ; ce que nous ne mesurons pas ne peut pas \u00eatre g\u00e9r\u00e9. Mais <strong><mark style=\"background-color:#cf2e2e\" class=\"has-inline-color has-white-color\">\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9chelle de la mesure, il nous faut aussi une \u00e9chelle de conscience.<\/mark><\/strong> Dans chaque quartier, un espace vert de qualit\u00e9 accessible \u00e0 l\u2019enfant en cinq minutes\u2026 J\u2019insiste volontairement sur ce mot, \u201cqualit\u00e9\u201d. La qualit\u00e9, c\u2019est l\u2019ombre, la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019entretien, l\u2019utilisabilit\u00e9 selon les saisons, la diversit\u00e9 des mat\u00e9riaux, la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments naturels, la possibilit\u00e9 de jeu libre, le contact avec l\u2019eau et la terre, la gestion p\u00e9dagogique des petits risques\u2026 La qualit\u00e9, c\u2019est la possibilit\u00e9 pour l\u2019enfant de se construire. Dans une aire de jeux, il ne devrait pas y avoir seulement des \u00e9quipements, mais aussi des \u00e9l\u00e9ments qui produisent des sc\u00e9narios : des mat\u00e9riaux libres (pierres, branches, pommes de pin), de la topographie, de petites buttes, des coins o\u00f9 se cacher, une texture v\u00e9g\u00e9tale, des surfaces qui se transforment selon la saison. Des lieux trop st\u00e9riles, trop lisses, trop \u201cdisciplin\u00e9s\u201d ne rendent pas l\u2019enfant plus s\u00fbr ; ils le rendent plus fragile.<\/p>\n\n\n\n<p>Augmenter les espaces verts n\u2019est pas non plus seulement une question de \u201cnombre d\u2019arbres\u201d. Il faut penser les espaces verts comme un r\u00e9seau. Les parcs ne doivent pas \u00eatre des \u00eeles, mais des corridors de vie reli\u00e9s entre eux. L\u2019enfant doit pouvoir passer d\u2019un espace \u00e0 un autre \u00e0 pied.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi la langue des aires de jeux\u2026 Nous donnons souvent aux enfants des \u00e9quipements tr\u00e8s color\u00e9s, mais nous leur proposons, sur le plan intellectuel, un monde gris. L\u2019aire de jeux devrait appeler l\u2019imaginaire de l\u2019enfant ; elle ne devrait pas lui dire : \u201cici, tu ne fais que cela\u201d. Le design devrait multiplier ses questions. \u00ab Qu\u2019est-ce que c\u2019est ? \u00bb, \u00ab o\u00f9 cela m\u00e8ne-t-il ? \u00bb, \u00ab comment puis-je m\u2019en servir ? \u00bb, \u00ab que se passe-t-il si je le retourne ? \u00bb Ces questions sont les premi\u00e8res le\u00e7ons de litt\u00e9ratie urbaine dans l\u2019esprit de l\u2019enfant. Et nous retirons cette litt\u00e9ratie \u00e0 l\u2019enfant d\u00e8s le d\u00e9part (voir Image 4).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1300\" height=\"730\" src=\"https:\/\/www.peyzax.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/DSC00198-scaled.jpg\" alt=\"Des enfants jouant avec l\u2019eau au parc Tav\u015fanl\u0131\" class=\"wp-image-71638\" title=\"\"><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Image 4.<\/strong> D\u00e9but &#8211; Des enfants jouant avec l\u2019eau au parc Tav\u015fanl\u0131 &#8211; Erzurum (23 juillet 2014)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1438\" src=\"https:\/\/www.peyzax.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/DSC00203-scaled.jpg\" alt=\"Des enfants jouant avec l\u2019eau au parc Tav\u015fanl\u0131\" class=\"wp-image-71636\" title=\"\"><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Image 5.<\/strong> D\u00e9veloppement &#8211; Des enfants jouant avec l\u2019eau au parc Tav\u015fanl\u0131 &#8211; Erzurum (23 juillet 2014)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1438\" src=\"https:\/\/www.peyzax.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_4937-scaled.jpg\" alt=\"Des enfants jouant avec l\u2019eau au parc Tav\u015fanl\u0131\" class=\"wp-image-71634\" title=\"\"><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Image 6.<\/strong> R\u00e9sultat &#8211; Des enfants jouant avec l\u2019eau au parc Tav\u015fanl\u0131 &#8211; Erzurum (23 juillet 2014)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que le commencement le plus simple et le plus efficace est celui-ci : \u00e9couter l\u2019enfant. Apprendre des enfants ce qu\u2019est le jeu. Cesser de dire, avec une raison d\u2019adulte, \u201cle jeu, c\u2019est cela\u201d. Tenter l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une rue de jeu dans le quartier. R\u00e9duire la vitesse du trafic \u00e0 certaines heures de la semaine. R\u00e9organiser une rue selon le corps et l\u2019imaginaire des enfants. Le jeu ne doit pas \u00eatre enferm\u00e9 dans le parc. Le jeu doit revenir dans la rue. Car la rue est le c\u0153ur de la ville. Une ville sans c\u0153ur n\u2019est qu\u2019un ordre de b\u00e9ton.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, je me dis : nous imaginons ce qui est bon, n\u2019est-ce pas\u2026 En v\u00e9rit\u00e9, ce qui est bon est peut-\u00eatre quelque chose dont nous gardons le souvenir. Cela existait autrefois. Il y avait l\u2019automne, l\u2019\u00e9t\u00e9, l\u2019orange. Les genoux des enfants \u00e9taient \u00e9corch\u00e9s, mais leurs yeux brillaient. Aujourd\u2019hui, les genoux sont propres, les yeux sont fatigu\u00e9s. <strong>Nous avons fait fausse route quelque part.<\/strong> Peut-on encore r\u00e9parer ? Peut-\u00eatre. Mais pour cela, il faut d\u2019abord formuler honn\u00eatement une phrase : nous avons, de nos propres mains, r\u00e9tr\u00e9ci le droit des enfants dans la ville. Ce que nous avons r\u00e9tr\u00e9ci, c\u2019est encore nous qui devrons l\u2019\u00e9largir. Personne ne le fera \u00e0 notre place.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le bon pain\u2026 la bonne ville aussi demande du travail. Une bonne ville est un avenir obtenu dignement. Une ville con\u00e7ue pour les enfants n\u2019est pas bonne seulement pour eux ; elle est bonne pour tout le monde. Parce qu\u2019une circulation ralentie pour l\u2019enfant est aussi plus s\u00fbre pour la personne \u00e2g\u00e9e. L\u2019ombre augment\u00e9e pour l\u2019enfant est aussi une fra\u00eecheur pour l\u2019adulte. La verdure multipli\u00e9e pour l\u2019enfant est le souffle de tous. D\u00e9fendre le droit de l\u2019enfant dans la ville, c\u2019est au fond d\u00e9fendre le droit de la vie elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi, je ne veux pas remettre ce droit \u00e0 \u201cun jour\u201d. Parce que l\u2019enfance n\u2019attend pas. L\u2019enfance ne se reporte pas. L\u2019enfance se vit aujourd\u2019hui. Si elle nous est retir\u00e9e aujourd\u2019hui, elle ne reviendra pas demain.<\/p>\n\n\n\n<p>(Les photographies ont \u00e9t\u00e9 prises par l\u2019auteur.)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes entour\u00e9s d\u2019\u00e9normes masses de b\u00e9ton. 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